Méditation du Frère Aloïs – rencontre oecuménique de Strasbourg (décembre 2013)

Hier je vous disais que, si nous cherchons une réconciliation entre chrétiens, ce n’est pas pour êtreplus forts. Ce n’est pas non plus pour nous replier sur nous-mêmes. Non, nous cherchons la réconciliation des chrétiens pour qu’elle soit un signe d’Evangile, et qu’elle puisse devenir un ferment de rapprochement entre les humains et entre les peuples.
Une communion visible entre tous ceux qui aiment le Christ, entre tous ceux qui font confiance au Christ, peut se concrétiser seulement si nous mettons au cœur de notre vie le pardon et la réconciliation. Il en va de même pour créer la paix dans la famille humaine à travers la terre, là aussi le pardon et la réconciliation sont des valeurs fondamentales.
Dans la famille humaine, les blessures de l’histoire laissent des traces profondes et marquent pour des générations les consciences et les mentalités. Mais les humiliations subies ne doivent pas nécessairement conduire à la violence. Elles peuvent être guéries, non pas par la victoire des uns sur les autres, mais quand les coeurs font une place au respect de la dignité des autres.
L’histoire récente de l’Afrique du Sud nous en donne un exemple. Même si le chemin vers une plus grande justice y est encore long, Nelson Mandela, en offrant le pardon, a rendu possible une guérison des blessures qui ont pourtant été terribles dans le passé de ce pays.
Et ici, à Strasbourg, nous nous rappelons que, au siècle passé, après des guerres meurtrières, quelques personnes sont parvenues à entraîner la France et l’Allemagne, puis toute l’Europe, sur un chemin de pardon et de réconciliation.
Par notre rencontre ici à Strasbourg, ville symbole de la réconciliation en Europe, nous voulons exprimer une reconnaissance qui ne peut pas être assez grande pour ces artisans de paix.
Sans pardon, il n’y a pas d’avenir ni dans la vie personnelle de chacun, ni dans les relations entre les pays. Parfois le pardon semble impossible. Mais cette impossibilité momentanée ne doit pas signifier un refus définitif. Entretenir et si possible exprimer le désir de pardonner est déjà un premier pas vers une guérison.
Pour y prendre leur part, les jeunes d’aujourd’hui ont en tout cas une possibilité : se refuser à
transmettre à la prochaine génération les rancœurs et les amertumes liées aux blessures de l’histoire parfois encore vives. Il ne s’agit pas d’oublier un passé douloureux, mais d’interrompre la chaîne qui fait perdurer les ressentiments et par là de guérir peu à peu la mémoire par le pardon.
En tant que chrétiens, nous devrions être en première ligne pour vivre la réconciliation, même là où humainement une situation semble désespérée. Le Christ est venu tout pardonner. En prenant sur lui la violence des hommes, il nous en a libérés. Et il nous promet de trouver la joie si nous le suivons sur le chemin du pardon.
Nous voudrions aussi prendre une plus vive conscience que l’esprit de réconciliation implique un partage, une répartition plus justes des richesses de la terre. Nous avons commencé tous ensemble un cheminement qui nous conduira à vivre plus profondément la solidarité entre les humains. Ces nouvelles solidarités, nous essayerons de les formuler à Taizé dans l’année 2015.
Ce serait si important que les jeunes européens ne se satisfassent pas d’une Europe réconciliée mais qu’ils construisent une Europe ouverte et solidaire: solidaire entre tous les pays européens, mais aussi avec les autres continents, avec les peuples les plus pauvres.
Tous peuvent participer à une civilisation reposant non sur la méfiance mais sur la confiance. Dans l’histoire il a parfois suffi de peu de personnes pour faire pencher la balance vers la paix. De retour chez nous, dans nos différents pays, soyons à cause du Christ et de l’Évangile, de ces pèlerins de paix et de confiance.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s